{"id":1227,"date":"2020-04-24T17:15:15","date_gmt":"2020-04-24T16:15:15","guid":{"rendered":"http:\/\/lucie.globalmaderas.cl\/?p=1227"},"modified":"2020-04-24T17:15:15","modified_gmt":"2020-04-24T16:15:15","slug":"symphonie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lucie.globalmaderas.cl\/index.php\/2020\/04\/24\/symphonie\/","title":{"rendered":"Symphonie"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"591\" height=\"538\" src=\"http:\/\/lucie.globalmaderas.cl\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/symphonie.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-1228\" srcset=\"https:\/\/lucie.globalmaderas.cl\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/symphonie.png 591w, https:\/\/lucie.globalmaderas.cl\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/symphonie-300x273.png 300w\" sizes=\"(max-width: 591px) 100vw, 591px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">J\u2019habite un joli appartement, dans une jolie maison de quatre \u00e9tages de la jolie rue d\u2019Avant. Mes voisins sont gentils, pour la plupart, en tout cas je n\u2019ai pas \u00e0 me plaindre de ceux habitant le m\u00eame palier que moi. Je n\u2019ai m\u00eame pas \u00e0 me plaindre du tout. Je m\u00e8ne une vie tranquille. Je ne suis pas mari\u00e9, je n\u2019ai pas d\u2019enfants, je vois peu ma famille,mais cela ne me d\u00e9range pas. J\u2019aime ma solitude. J\u2019ai un travail qui ne me d\u00e9plait pas, avec des horaires convenables, une paye moyenne, mais je ne cherche pas la richesse et je n\u2019ai aucune ambition. Pendant mon temps libre, je lis, je regarde des documentaires, et j\u2019observe la vie dehors depuis la fen\u00eatre de mon salon, au troisi\u00e8me \u00e9tage. Je sors tr\u00e8s peu, hormis pour me rendre au bureau &#8211; \u00e0 v\u00e9lo, treize minutes quand les feux sont tous au vert. Ca ne me d\u00e9range pas non plus, je ne suis pas quelqu\u2019un de tr\u00e8s sociable. Je n\u2019ai pas d\u2019animaux domestiques car je suis allergique aux poils de chat et de chien. Je n\u2019ai donc jamais tent\u00e9 d\u2019adopter un autre animal de compagnie, de peur d\u2019y \u00eatre allergique \u00e9galement. Et puis au final, cela m\u2019arrange plut\u00f4t bien, car je n\u2019appr\u00e9cie pas plus que \u00e7a nos amis les b\u00eates. J\u2019ai alors une bonne excuse quand un voisin ou un coll\u00e8gue me demande si je ne veux pas adopter le chaton d\u2019une toute nouvelle port\u00e9e, qui risque, s\u2019il ne trouve pas tr\u00e8s vite un toit, de se retrouver asphyxi\u00e9 dans un sac plastique ou noy\u00e9 dans la cuvette des toilettes. Je me sens moins coupable devant une pub de la S.P.A., montrant en gros plan les yeux tristes d\u2019un b\u00e2tard crois\u00e9 berger allemand &#8211; fox terrier, et qui apparemment \u201cn\u2019attend que moi pour lui donner une seconde chance\u201d. Je mange sainement. Je m\u2019autorise tout de m\u00eame un repas poubelle par semaine &#8211; je les appelle les repas poubelle, \u00e7a ne veut pas dire que je mange les restes de ma poubelle. Je ne fais pas vraiment de sport mais parfois me prend l\u2019envie de descendre et remonter les escaliers \u00e0 petite foul\u00e9e, trois ou quatre fois d\u2019affil\u00e9e. Je suis vite essouffl\u00e9, et je me demande alors pourquoi j\u2019ai fait cela. Je ne suis pas beau, mais pas tout \u00e0 fait laid non plus. J\u2019ai un regard plaisant mais un nez pro\u00e9minent, ce qui fait que l\u2019on remarque d\u2019abord ce deuxi\u00e8me attribut plut\u00f4t que le premier. Je suis de taille moyenne, de corpulence plut\u00f4t mince malgr\u00e9 mon absence d\u2019exercices physiques. Je pense que vous me qualifieriez de personne ennuyante, m\u00eame si en soit je n\u2019ennuie personne. J\u2019ai un jour tent\u00e9 l\u2019exp\u00e9rience d\u2019un site de rencontre, davantage pour l\u2019attrait de la d\u00e9couverte plut\u00f4t que pour combler un vide quelconque. Je suis sorti avec cette jeune femme charmante, de mon \u00e2ge environ, nous sommes all\u00e9s boire un verre non loin de chez moi. Elle parlait de choses fascinantes, si bien que je ne me lassais pas de l\u2019\u00e9couter. Elle \u00e9tait tout aussi spectaculaire au lit. Je garde un souvenir exaltant de cette exp\u00e9rience. Mais elle n\u2019a jamais voulu me revoir, m\u2019avouant par message m\u2019avoir trouv\u00e9 assommant, sans conversation, sans esprit d\u2019initiative, sans grand int\u00e9r\u00eat. Je ne m\u2019en suis pas offens\u00e9, elle avait totalement raison et je le savais pertinemment. J\u2019avais pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 la suivre elle, la d\u00e9couvrir et d\u00e9couvrir gr\u00e2ce \u00e0 elle plut\u00f4t que de tenter de me mettre en avant.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Tout cela doit vous permettre de mieux comprendre mon personnage, vous permettre de mieux vous \u00e9tonner de la suite.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">En ce plaisant jour de printemps, accoud\u00e9 \u00e0 ma balustrade, j\u2019observe les passants, main dans la main, seuls, agrippant une poussette ou un cabas \u00e0 provisions. J\u2019\u00e9coute la polyphonie des klaxons, pas agressive pour un sou mais un peu plus sonore qu\u2019\u00e0 l\u2019accoutum\u00e9e. Je capte le mouvement des feuilles du ch\u00eane plant\u00e9 juste en face de chez moi, le souffle frais du vent et le gazouilli des moineaux ou le roucoulement des pigeons. Je me dis que c\u2019est bien joli tout \u00e7a, mais qu\u2019il y manque tout de m\u00eame quelque chose. Je ne sais pas bien quoi. Mes pens\u00e9es se diffusent, se fondent les unes dans les autres, chaotiques, indisciplin\u00e9es. Je songe \u00e0 des notions d\u2019aventure, de jungle, d\u2019animaux sauvages, de premier pas sur la lune et d\u2019autres premi\u00e8res exp\u00e9riences de ce genre. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Nonchalamment, je sifflote la Symphonie n\u00b05 de Beethoven.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p><a href=\"https:\/\/youtu.be\/WivalAzyIfk\">https:\/\/youtu.be\/WivalAzyIfk<\/a><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\"> Les violons r\u00e9sonnent, dramatiques, dans ma t\u00eate, puis les cors, comme un avertissement. Je ne sais plus si la musique vient de moi, de l\u2019int\u00e9rieur, ou si elle vient d\u2019ailleurs. Je tourne la t\u00eate \u00e0 droite, \u00e0 gauche, d\u00e9sempar\u00e9 et un peu craintif je l\u2019admets. La musique me remplit mais emplit aussi la pi\u00e8ce. Je la projette par tous mes pores et elle se d\u00e9verse, flux incessant, nourrissant l\u2019espace, gouffre insatiable. Je tourne sur moi-m\u00eame, je ne vois rien d\u2019anormal, je ne produis aucun effort, mais mes pens\u00e9es continuent de voler sur fond de cordes et de cuivres. Je pense nature, tribus sauvages, chasses, p\u00eaches, torrents dissimul\u00e9s au fond de vall\u00e9es verdoyantes, radeaux de bois, escalade de parois rocheuses \u00e0 mains nues, oiseaux exotiques, vacarme du silence, tumulte gracile de la pluie dans les foug\u00e8res, territoires vierges, for\u00eats septentrionales, pics enneig\u00e9s, odeurs de pin, odeurs de s\u00e8ve. Il y a une pause dans la symphonie et je jette un regard au dehors.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout est l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019y ai song\u00e9 et c\u2019est l\u00e0, maintenant.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">L\u2019air s\u2019engouffre par ma fen\u00eatre et gonfle mes poumons. Il est pur, vif, puissant. Je recule, \u00e9tourdi, tandis que les violons reprennent de plus belle, moqueurs, incisifs. Je garde sur mes prunelles la vision furtive que je viens d\u2019avoir. Les cimes des arbres, les collines \u00e0 perte de vue. Les cors et les percussions tambourinent, comme pour me signifier qu\u2019ils m\u2019avaient pr\u00e9venu. L\u2019all\u00e9gresse des cordes m\u2019incite \u00e0 me pencher \u00e0 nouveau. Je respire avec une joie d\u00e9bordante ce souffle nouveau et go\u00fbte avec d\u00e9lectation \u00e0 cette vue d\u00e9gag\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019un coup, la musique s\u2019arr\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Je n\u2019entends plus que le sifflement du&nbsp; vent. Il n\u2019y a pas d\u2019autres bruits. J\u2019observe la brume, l\u00e9g\u00e8re, qui vole autour de moi et nappe l\u2019ext\u00e9rieur d\u2019une aura myst\u00e9rieuse. Je m\u2019aper\u00e7ois, sans surprise aucune, que ma rue, ou plut\u00f4t les maisons de ma rue, se sont retrouv\u00e9es coinc\u00e9es entre deux blocs de granit, deux pyl\u00f4nes naturels et \u00e9normes qui jaillissent d\u2019une for\u00eat de pins mill\u00e9naires. Il n\u2019y a personne aux fen\u00eatres, seulement moi, et cela ne me surprend pas non plus. J\u2019ai soudain un sentiment de libert\u00e9 inextinguible qui vient poss\u00e9der mon \u00e2me. Je baisse les yeux vers la cime des arbres, et je me rends compte alors que je suis suspendu. Nous flottons. La rue d\u2019Avant flotte. Rien ne nous relie au sol, si ce ne sont, peut \u00eatre, ces piliers de pierres. Le sentiment de libert\u00e9 s\u2019intensifie et je regarde avec b\u00e9atitude le passage d\u2019une nu\u00e9e d\u2019oiseaux dont je ne sais reconna\u00eetre l\u2019esp\u00e8ce. Le battement de leurs ailes vient un instant accompagner le bruissement aigu du vent, leurs plumes viennent effleurer les briques de nos maisons, et ils repartent tels qu\u2019ils sont arriv\u00e9s : furtivement.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">J\u2019escalade tout aussi furtivement, et sans r\u00e9fl\u00e9chir, la balustrade. Et je me laisse tomber dans le vide, dans l\u2019id\u00e9e, certainement, de rejoindre moi aussi les envol\u00e9es agiles des volatiles. Tout tourne autour de moi, je pense fugacement \u00e0 cette jeune femme qui m\u2019avait enfi\u00e9vr\u00e9. Je compare ce sentiment avec celui que je ressens maintenant mais qui finalement me parait incomparable. Je suis \u00e0 cet instant \u00e0 l\u2019apoth\u00e9ose de la libert\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J\u2019habite un joli appartement, dans une jolie maison de quatre \u00e9tages de la jolie rue d\u2019Avant. 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