{"id":1,"date":"2016-05-30T10:08:21","date_gmt":"2016-05-30T09:08:21","guid":{"rendered":"http:\/\/lucie.globalmaderas.cl\/?p=1"},"modified":"2016-07-21T22:05:49","modified_gmt":"2016-07-21T21:05:49","slug":"bonjour-tout-le-monde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lucie.globalmaderas.cl\/index.php\/2016\/05\/30\/bonjour-tout-le-monde\/","title":{"rendered":"Corps \u00e0 corps (1)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Maladie imaginaire<\/strong><\/p>\n<p>Imaginez le nom et les sympt\u00f4mes de la \u00ab\u00a0peur de la page blanche\u00a0\u00bb. Envisagez la page\u00a0comme un corps. Imaginez les modifications que la maladie peut avoir sur le processus\u00a0d\u2019\u00e9criture, le style, les personnages, etc., tout en tentant de r\u00e9pondre aux questions\u00a0suivantes\u00a0pour fabriquer votre \u00e9crit :<\/p>\n<ul>\n<li>\u00a0Quelle relation entretenez-vous avec la page blanche\u00a0?<\/li>\n<li>\u00a0O\u00f9 partiriez-vous en vacances avec une page blanche\u00a0?<\/li>\n<li>\u00a0Que vous inspire la page blanche\u00a0?<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Production :<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: center;\">Le monde d&#8217;aujourd&#8217;hui n&#8217;est, je pense, pas habit\u00e9 de beaucoup plus de peurs qu&#8217;autrefois. Cependant, j&#8217;ai la nette impression que ce monde-ci se sent bien plus oblig\u00e9 de mettre un nom, une \u00e9tiquette, sur tout \u2013 et sur tout un chacun. Je cherchais moi-m\u00eame r\u00e9cemment \u00e0 mettre un nom sur ce syndrome de la page blanche, qui habite bon nombre d&#8217;\u00e9crivains. D&#8217;abord, parce que j&#8217;avais trouv\u00e9 hallucinant de constater qu&#8217;il existait une appellation attribu\u00e9e \u00e0 chaque type de collection, et donc de collectionneurs \u2013 saviez-vous par exemple que votre ami, collectionneur de sacs \u00e0 vomi, ces petits sachets que l&#8217;on trouve dans les avions, est en fait un \u00e9<span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">meoaerosagophile? Apr\u00e8s tout, pourquoi pas, quand on sait que la plupart de ces noms savants sont \u00e9labor\u00e9s sur la base d&#8217;une racine grecque, il devient extr\u00eamement facile d&#8217;\u00e9laborer soi-m\u00eame des mots \u201cintelligents\u201d en s&#8217;inspirant de cette langue. J&#8217;ai donc cherch\u00e9 quel nom savant je pouvais donner \u00e0 ce syndrome de la page blanche, parce qu&#8217;aussi, cela pourrait ensuite provoquer son petit effet au cours d&#8217;une conversation s\u00e9rieuse. Figurez-vous qu&#8217;il existe d\u00e9j\u00e0 un nom \u2013 alors que je m&#8217;appr\u00eatais \u00e0 traduire puis \u00e0 assembler moi-m\u00eame et un \u00e0 un les termes. On appelle cela la \u201cleucos\u00e9phobie\u201d, litt\u00e9ralement donc, la peur de la page blanche.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Et puis j&#8217;ai r\u00e9fl\u00e9chi, et je me suis dit que dans mon cas, cela n&#8217;avait rien d&#8217;une peur. Je n&#8217;ai pas peur. Je suis malade. J&#8217;ai la leucos\u00e9pathie.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">J&#8217;ai un jour rencontr\u00e9 une femme, qui me donnait les m\u00eames sympt\u00f4mes que la leucos\u00e9pathie. Elle s&#8217;appelait Eve, et c&#8217;est pour cela que, souvent, je donne son nom \u00e0 ma page blanche. Eve \u00e9tait le genre de femme qui ne vous laisse pas indiff\u00e9rent. Si vous aviez le malheur de croiser son regard dans un bar bond\u00e9 et bruyant, vous restiez hypnotis\u00e9 par ce que vous pouviez y voir et alors le reste n&#8217;avait plus d&#8217;importance. Il y avait tellement de choses qui passaient dans ses yeux, elle vous d\u00e9voilait son \u00e2me en un \u00e9clair, rien qu&#8217;en vous regardant. Et moi&#8230; Moi, je ne pouvais que rester l\u00e0, \u00e0 la contempler en silence, \u00e0 penser aux mille choses que je souhaitais lui dire mais que je ne pouvais formuler. Eve&#8230; Je me sentais chanceux \u00e0 seulement l&#8217;imaginer. J&#8217;\u00e9tais rempli de joie, d\u00e8s qu&#8217;il s&#8217;agissait de la retrouver, ici, ou ailleurs, ou m\u00eame l\u00e0-bas. Et pourtant, d\u00e8s que, enfin, je l&#8217;avais \u00e0 mon c\u00f4t\u00e9, je me sentais d\u00e9sempar\u00e9, impuissant, face \u00e0 sa propre puissance. Elle \u00e9tait fascinante. Elle me regardait, avec son air amus\u00e9, un peu hautain, et j&#8217;en perdais mes moyens. Moi qui me crois d&#8217;ordinaire tellement intelligent&#8230; Je me sentais un moins que rien avec elle. Eve respirait l&#8217;assurance. Ses seuls claquements de talons suffisaient \u00e0 m&#8217;impressionner. Eve demandait beaucoup, elle \u00e9tait vorace, physiquement, et intellectuellement. Tant et si bien que je prenais peur de ne pouvoir jamais la satisfaire. Il m&#8217;arrivait souvent de ne pas en dormir la nuit. De me tourner et me retourner dans mon lit en pensant \u00e0 un trait d&#8217;esprit, une anecdote, qui pourrait la faire rire et me placer plus haut dans son estime. Il m&#8217;est plusieurs fois arriv\u00e9 de me lever en pleine nuit, une id\u00e9e g\u00e9niale en t\u00eate &#8211; quelque chose d&#8217;absolument original et qui se devait d&#8217;\u00eatre partag\u00e9 avec elle &#8211; de d\u00e9crocher mon t\u00e9l\u00e9phone, de composer son num\u00e9ro, d&#8217;entendre la tonalit\u00e9, puis le son de sa voix, et de rester alors bouche b\u00e9ante, muet, en me demandant comment j&#8217;avais pu faire montre de tant d&#8217;impudence \u2013 cette id\u00e9e g\u00e9niale \u00e9tait en fait idiote, et \u00e0 voix haute, elle aurait eu l&#8217;air stupide, ridicule&#8230; minable. Eve a provoqu\u00e9 chez moi des choses que personne n&#8217;avait jamais provoqu\u00e9es avant. Tellement de sentiments contradictoires&#8230; J&#8217;avais chaud, et j&#8217;avais froid en m\u00eame temps. J&#8217;avais faim, mais je ne pouvais rien avaler. J&#8217;avais sommeil, mais aucune envie de dormir. J&#8217;\u00e9tais serein, mais je fulminais. Je l&#8217;aimais, et je la d\u00e9testais \u00e0 la fois. Je voulais passer tout mon temps avec elle, mais je m&#8217;en sentais si peu souvent la force. J&#8217;\u00e9tais fier, mais d\u00e9courag\u00e9. C&#8217;\u00e9tait cela, Eve. Elle pouvait vous rendre plein d&#8217;espoir en sonnant \u00e0 votre porte un soir, et vous achever d&#8217;une seule oeillade l&#8217;instant d&#8217;apr\u00e8s. Je mesure un m\u00e8tre quatre-vingt-dix-sept et elle, quarante centim\u00e8tres de moins. J&#8217;aurais pu l&#8217;allonger au sol d&#8217;un simple revers de la main et balayer ainsi son insolente omniscience. Mais non. C&#8217;\u00e9tait chez moi, seul, que ma col\u00e8re faisait rage et que je maudissais mon apragmatisme. Je d\u00e9truisais tout ce qui passait \u00e0 port\u00e9e de ma main, frustr\u00e9 par mon impuissance, stup\u00e9fait de cet effet d\u00e9vastateur qu&#8217;Eve avait sur moi, de cette emprise, cette capacit\u00e9 \u00e0 me faire m&#8217;oublier. Eve m&#8217;avait lobotomis\u00e9. Elle \u00e9tait ma drogue, sans qui je ne pouvais vivre, mais avec qui je ne vivais pas non plus. Elle me faisait perdre toutes mes capacit\u00e9s mentales, je redevenais un enfant de deux ans qui peine \u00e0 aligner trois mots, je devenais un animal fulminant tournant en rond dans une cage rectangulaire, cherchant \u00e0 trouver cette sortie qu&#8217;il \u00e9tait pourtant si s\u00fbr d&#8217;avoir aper\u00e7u, peut-\u00eatre m\u00eame fr\u00f4l\u00e9, la seconde pr\u00e9c\u00e9dente. Voil\u00e0. C&#8217;\u00e9tait ainsi, d&#8217;\u00eatre avec Eve.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Si vous n&#8217;\u00eates pas \u00e9crivain, et que vous vous demandez ce que peut bien provoquer cette fameuse leucos\u00e9pathie, alors passez du temps avec Eve et tombez amoureux d&#8217;elle. Vous comprendrez \u00e0 quel point l&#8217;on peut subir cette maladie, sans pouvoir, ni m\u00eame peut-\u00eatre vouloir s&#8217;en d\u00e9faire.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Si au contraire vous \u00eates \u00e9crivain, alors vous saisirez parfaitement comment j&#8217;ai v\u00e9cu ma relation avec Eve, et comment elle s&#8217;est termin\u00e9e. <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Si elle s&#8217;est termin\u00e9e&#8230;<\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Maladie imaginaire Imaginez le nom et les sympt\u00f4mes de la \u00ab\u00a0peur de la page blanche\u00a0\u00bb. Envisagez la page\u00a0comme un corps. 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