L’âme des narrateurs (4)

IV- En voyage

Racontez l’histoire d’un voyageur (ou une voyageuse) dont le prénom est celui choisi précédemment, le nom de famille, celui de la ville imaginaire, la destination, la ville rêvée et l’hôtel, celui que vous avez sélectionné. Intégrez le bureau du début à votre texte. Vous devez commencer votre texte ainsi :

Je retrouve toujours dans ma valise des petits savons d’hôtel dans leur emballage fermé.

 


 

Production

Je retrouve toujours dans ma valise des petits savons d’hôtel dans leur emballage fermé. J’en ai chez moi toute une collection, et ils trônent fièrement sur le haut de mon meuble de salle de bain. Certains ont cependant tristement pris la poussière, car ils ne servent jamais. J’aime pourtant les emporter avec moi et ramener un souvenir de chacun de mes voyages.

Cette fois-ci, il n’y en avait pas. Je n’étais pas étonnée, le Safe Halt Inn n’était qu’un hôtel d’étape, une auberge de jeunesse en fait, où l’on trouvait les lits les moins chers entassés dans un dortoir. Les salles d’eau sont communes, et chacun apporte son nécessaire de toilette. Les serviettes ne sont pas fournies, les petits savons encore moins. Je n’étais pas à Pékin pour le confort, je n’avais pas choisi un hôtel douillet cette fois-ci, parce que j’avais décidé de bousculer mes habitudes et de me diriger tout droit vers l’inconnu. J’étais jusqu’à aujourd’hui abonnée aux destinations familières, aux endroits qui me faisaient me sentir en sécurité. Je ne parle pas anglais, ni aucune autre langue étrangère, alors je cherchais toujours un hôtel où l’on me garantissait un interlocuteur francophone. Mais pas cette fois.

J’étais arrivée la veille, à Pékin, sous les conseils dubitatifs de mon agent de voyage, intrigué par ma lubie soudaine. J’adorais son office, qui ne ressemblait pas du tout à ce qu’on pouvait attendre d’une agence de voyage. Avec aucun artifice, si ce n’était ces grosses colonnes romaines qui entouraient la pièce octogonale, il avait un côté rassurant malgré la majestuosité de l’ensemble. Il possédait une sorte de faste sobre, quand bien même ces deux termes se retrouvaient bien rarement accolés. Il y avait un contraste saisissant qui émanait de ce bureau, de chaque objet, de chaque élément de décoration. Ce n’était pas dérangeant, ni troublant, au contraire je vous le dis, ç’en était rassurant. C’était cette ambiance intimiste, et peut-être cette odeur de café froid, qui m’avait poussée à brandir ma carte bleue lorsque l’agent m’avait proposé « Pékin ». A ce moment-là, je n’avais peur de rien. Je me sentais comme à la maison, rien ne pouvait m’arriver. J’étais habitée d’une fébrilité résolue, je devais aller à Pékin. Voilà donc comment j’étais arrivée à Pékin, Beijing, la Capitale du nord. J’avais refusé les hôtels de luxe, les standards européens, et j’avais réservé quelques jours au Safe Halt Inn dont le nom inspirait une confiance totale. Quelques jours seulement, quand mon vol retour était deux mois plus tard.

C’était l’aventure ! Moi, Babette Berijko, j’allais conquérir Pékin et sa muraille de Chine !

Je n’avais jamais fait cela, c’était nouveau, inattendu. Et si je me sentais si fière de moi à Paris au moment de prendre l’avion, j’étais maintenant, au milieu de cette chambrée cosmopolite, pétrifiée de terreur.

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