III- Sous le signe de l’M

Racontez une journée du personnage dont vous avez sélectionné le prénom précédemment en mettant le M à l’honneur (un maximum de mots commençant par M).
Production
Babette se couche à minuit et se lève à midi. Elle n’est pas matinale. Elle n’a pas besoin de l’être. Lors de sa dernière visite médicale, elle s’est plaint d’avoir trop mal au dos – elle est manutentionnaire. On lui a prescrit des médicaments, ils se sont malheureusement révélés inefficaces et après un examen plus poussé, elle a été arrêtée. Babette est donc maintenant en congés maladie. Malgré ses douze heures de sommeil en moyenne, elle ne dort pas très bien. Le matelas est trop mou, il a vieilli – comme elle, et cela n’arrange pas ses problèmes de dos. Après avoir avalé son petit déjeuner, quelques tranches de pain de mie surmontées de marmelade dont elle ne laisse pas une miette, Babette vide son marc de café dans son pot à composte et s’occupe du ménage. Elle est maniaque, tous les jours elle doit astiquer, du sol au plafond. Le mercredi, elle s’occupe même des murs extérieurs, maugréant contre les merles qui osent arroser de leur merde sa belle maison de brique rouge. Lorsqu’elle a enfin raison des derniers moutons résistants bien cachés sous ses meubles en merisier massif, il est généralement quinze heures à sa montre. Satisfaite, elle s’autorise une madeleine ou deux confortablement installée dans son rocking-chair, un livre de Musso à la main – dont elle ne lira finalement pas un mot. Parfois, elle monte se maquiller, une touche de mascara, un peu d’ombre à paupières et de fard à joue. Elle se vaporise son eau de toilette préférée, Madame de Jean-Paul Gaultier, et après avoir enfilé ses mitaines elle sort de chez elle, enrobée de son parfum de musc. Elle erre au milieu des restes du marché, regrettant un moment de ne pas s’être levée plus tôt pour pouvoir dire bonjour au maraîcher qu’elle apprécie tant et qui lui offre toujours un petit bouquet de menthe. Cela fait d’ailleurs bien longtemps qu’elle ne l’a pas vu. Elle se morigène en silence d’être devenue si casanière. A petits pas menus, elle gagne la mairie, qui fait office de bibliothèque, et va rendre le roman qu’elle a emprunté deux semaines auparavant – Musso, Maupassant, Malraux… elle ne fait aucune différence, elle n’en lit finalement aucun. Parfois, le dos bloqué, elle doit faire appel à la bonté du maire qui la raccompagne jusqu’à chez elle dans sa Renault Modus. Il est environ dix-sept heures, son ventre grogne de faim, elle se décide à manger le reste de macaronis de la veille, réchauffé au micro-onde. Elle met alors un peu de musique, radio Mercure, et elle se surprend à fredonner de vieux refrains de Madonna, Michael Jackson ou Freddie Mercury. Elle remplit de la paperasse, quelques papiers officiels et sûrement urgents parmi les milliers qu’elle a empilés au fond de ses tiroirs. Elle parcourt quelques sites de vente en ligne, bien consciente pourtant que la mode et elle, ça ne fait pas deux. Elle a acheté il y a trois jours un manteau de mi-saison qu’elle a dès sa réception ramené en magasin. Elle n’était franchement pas convaincue par le modèle, tout compte fait. Et c’était toujours ainsi. A vingt heures, elle s’installe devant sa télé. L’oeil morne, elle mâchonne un morceau de fromage ou de saucisson en attendant Scènes de ménages sur M6. Ensuite, elle passe sur TF1 pour regarder Mimie Mathy sauver le monde. Et puis la soirée s’écoule, longue et monotone, et à minuit il est temps de regagner le lit et de rejoindre Morphée.